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IA & dirigeants

L'IA, on en voit de partout. Et plus on en voit, moins on y croit.

Dominique Ryon8 min de lecture
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  • horlogerie

Cet article part d'une conversation de fin de déjeuner, un dimanche, à table avec un homme qui parle peu. Ce qu'il m'a dit en quelques phrases résume mieux que dix études marketing ce que ressent aujourd'hui un dirigeant face à l'IA. Et ça mérite qu'on s'y arrête.

Un déjeuner avec Pierre

Dimanche midi. Je rentre d'un déjeuner avec ma compagne et un couple d'amis. Le mari, je l'appellerai Pierre — c'est tout ce qu'il m'autorise à révéler. Le monde de l'horlogerie est rempli de secret et de discrétion, et Pierre joue parfaitement son rôle dans ce milieu : il ne dit pas le nom de la marque pour laquelle il sous-traite, ni le détail de ce qu'il fait précisément. Réglage, finitions, précision sur des composants qui partiront dans des montres à plusieurs dizaines de milliers de francs. C'est tout ce que je peux dire.

Et c'est peut-être justement pour ça que ce qu'il m'a dit en milieu de repas mérite d'être écrit.

La conversation glisse sur l'IA, comme presque à chaque fois que je rencontre un chef d'entreprise depuis trois ans. Je parle de mon agence, du blog, de l'article que j'ai publié la semaine dernière sur la différence entre les packages génériques et les solutions métier sur mesure.

Pierre m'écoute. Il pose deux ou trois questions précises — comme on règle un mécanisme, sans gestes inutiles. Et puis il lâche cette phrase :

"L'IA, on en voit de partout. Je sais que c'est une bonne chose. Mais il y a tellement de choses qui se passent à l'heure actuelle sur Internet que ça perd plus que ça rassure."

Je suis resté un instant sans répondre.

Parce qu'en quelques mots, Pierre venait de formuler quelque chose que tous les dirigeants TPE/PME ressentent, mais que personne, dans le marketing IA actuel, n'ose nommer.

Le paradoxe de la saturation

Voilà la mécanique : plus une technologie fait de bruit, moins elle rassure ses acheteurs potentiels.

Ouvrez LinkedIn ce matin. Comptez les pubs IA dans votre feed. Comptez les vidéos TikTok d'"experts en automatisation" filmées en posture décontractée devant un fond turquoise. Comptez les newsletters qui vous promettent les "10 outils IA qui vont transformer votre business cette semaine".

Vous devez en voir vingt par jour, peut-être plus. Probablement bien plus.

Cette inflation produit un effet pervers, contre-intuitif mais documenté en science cognitive : la saturation du signal éteint la confiance. Quand le bruit devient continu, le cerveau ne distingue plus les bons messages des mauvais. Il décroche. Et il se met en posture défensive par défaut.

C'est ce que Pierre me disait, sans connaître les mots techniques : "ça perd plus que ça rassure". La sur-publicisation de l'IA, au lieu d'éduquer le marché, érode la confiance de ceux qui devraient en être les premiers adopteurs.

Et ces gens-là, ce sont vos pairs. Des dirigeants de PME qui ont autre chose à faire que de trier les bonnes promesses des mauvaises.

Pourquoi ce paradoxe existe

Il existe pour une raison simple, et qui n'est pas la faute de l'IA elle-même.

Internet, par construction, aplatit toutes les apparences. Une vidéo bien produite par un tiktoker à Dubaï a la même surface visuelle, dans votre feed, qu'un article d'un consultant sérieux à 30 km de chez vous. Une pub Google Ads achetée à coup de quelques dizaines d'euros par jour donne à un opportuniste — j'en parlais récemment dans un autre article — exactement la même visibilité qu'à un acteur établi avec dix années de pratique derrière lui.

Sur écran, les deux se ressemblent. C'est même conçu pour ça.

Et quand un dirigeant pressé ne peut plus distinguer le sérieux du clinquant, son réflexe naturel n'est pas de creuser — il n'a pas le temps. Son réflexe, c'est de se méfier de tout. C'est exactement ce que vit Pierre. Et probablement ce que vous vivez aussi.

L'inversion qui se prépare

Voici ce que je crois — et que je vois confirmé chaque semaine en rendez-vous : nous sommes au début d'une inversion du signal de confiance.

Pendant 15 ans, le marketing digital nous a appris que la visibilité = la crédibilité. Plus on est visible, plus on existe. Plus on est sponsorisé, plus on est sérieux.

Cette équation est en train de s'inverser pour les sujets sensibles — et l'IA en est un.

Demain, dans 18 mois peut-être, ce qui rassurera un dirigeant ne sera plus la pub la plus visible. Ce sera le prestataire qu'il peut joindre, rencontrer, voir venir. Quelqu'un d'identifiable, dont l'adresse postale existe vraiment, qui parle sa langue, qui partage son fuseau horaire, qui peut prendre rendez-vous et physiquement venir s'asseoir dans son bureau.

La distance redevient un défaut. La présence humaine, un gage. C'est le marketing digital qui s'inverse.

Et ce qui me rend sûr de cette inversion, c'est précisément des conversations comme celle que j'ai eue dimanche avec Pierre. Pierre n'est pas un théoricien. Pierre est un industriel qui paye ses charges, qui gère son équipe, qui livre des composants à une marque exigeante. Quand un homme comme lui dit "ça perd plus que ça rassure", ce n'est pas une opinion. C'est un signal de marché.

Et ce n'est pas que Pierre

Quand j'ai publié, il y a deux semaines, le premier article de ma trilogie sur les fausses promesses de l'IA — « Audit gratuit, le piège » — une dirigeante que j'accompagne déjà est venue commenter en public. Florence Decurtins, propriétaire et directrice de l'Hôtel Le Montbrillant à Genève, un 4 étoiles historique de Cornavin. Voici ce qu'elle a écrit :

"À l'hôtel, je reçois ces sollicitations toutes les semaines. La plupart cochent au moins 4 signaux sur 6. C'est exactement ce qui m'a poussée à choisir une démarche payante, sérieuse, avec un humain en face."

Florence ne connaît pas Pierre. Elle dirige un hôtel en Suisse, Pierre règle des mécanismes horlogers ailleurs. Ils n'ont jamais croisé la moindre conversation. Et pourtant ils décrivent exactement la même mécanique : une saturation des sollicitations, la fatigue de devoir trier, et la bascule vers le seul critère qui finit par tenir — quelqu'un d'identifiable, en face.

Quand deux dirigeants d'horizons aussi différents — un sous-traitant horloger qui parle à voix basse, une hôtelière 4 étoiles qui prend la parole publiquement sur LinkedIn — formulent le même constat à quinze jours d'intervalle, ce n'est plus de l'opinion. C'est un mouvement de fond.

Concrètement, comment ça se passe chez Arborys ?

Au tout début d'Arborys, je me déplaçais moi-même sur chaque audit. France, Suisse, Belgique, Luxembourg — voiture, train, frontière. J'arrivais avec mon ordinateur et mes questions, je passais une demi-journée ou une journée dans l'entreprise, je rentrais, je rédigeais.

Et j'ai compris très vite ce que tout entrepreneur finit par découvrir : ce n'est pas tenable seul.

Plutôt que de basculer en mode 100 % visio — et devenir précisément le genre de prestataire distant que je critique dans cet article — j'ai pris une autre route. J'ai commencé à constituer un réseau d'interlocuteurs choisis un par un, formés à la même méthode, déjà reconnus dans leur domaine d'expertise. Aujourd'hui, certains se déplacent déjà chez nos clients.

Ce que je vous garantis, ce n'est pas que ce sera moi à chaque rendez-vous. C'est qu'il y aura toujours quelqu'un. Quelqu'un d'identifiable, joignable, qui peut prendre rendez-vous chez vous et venir physiquement. Pas un avatar derrière un écran. Pas un freelance recruté en urgence sur une plateforme parce qu'il était disponible cette semaine-là. Quelqu'un que j'ai personnellement choisi pour vous représenter.

Cette différence, elle est invisible quand tout va bien. Elle devient visible le jour où vous avez un problème à 18 h un mardi. Et là, vous saurez à qui vous adresser.

La friction qui filtre

Cette obligation de présence physique, ce n'est pas un argument marketing. C'est un filtre.

Aucun tiktoker ne prendra le train pour Lille, Lausanne ou Luxembourg. Aucun "expert" qui vit à Bali ne viendra dans votre bureau de Saint-Étienne pour une journée d'audit. Et c'est très bien comme ça : cette friction fait le travail de tri à votre place.

C'est aussi pour ça qu'un audit Arborys n'est pas gratuit. Le déplacement, le temps sur place, la rédaction du rapport, le suivi — tout cela a un coût. Le facturer, c'est aussi une façon de dire que ce qu'on vous livre vaut quelque chose. Et que ce qu'on vous demande en retour — votre temps, votre confiance, l'ouverture de vos coulisses opérationnelles — vaut aussi quelque chose. C'est une logique que j'ai détaillée dans l'article précédent : la valeur naît de la rencontre réelle entre un humain et un métier, pas d'un quiz de 60 secondes en ligne.

Pierre, dimanche midi, a résumé tout ça à sa façon. Sans le savoir, il a aussi expliqué pourquoi des gens comme lui — et Florence l'avait écrit avant lui sans le savoir non plus — finiront par se tourner vers des structures comme Arborys : parce que dans un monde où l'IA est partout sur Internet, la seule chose qui rassure encore vraiment, c'est de pouvoir serrer la main de la personne qui va la mettre en place chez soi.

Le bruit fatigue. Le contact rassure.

C'est aussi simple que ça.


Si cet article a fait écho à ce que vous ressentez, l'audit Arborys est probablement la bonne porte d'entrée. C'est pensé pour que vous rencontriez un humain — moi ou quelqu'un que j'aurai personnellement choisi — qui prenne le temps de comprendre votre métier avant de proposer quoi que ce soit.

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